Ilustração & Street Art
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Março 2020

illustration

interview: RITA ALVAREZ

SÉVERINE

ASSOUS

Séverine divise sa vie professionnelle en deux branches : le marketing et l'illustration. Bien qu'ils appartiennent à des universités très différentes, l'illustration est toujours présente dans leur travail publicitaire. Les couleurs et les formes audacieuses sont toujours présentes dans l'œuvre de l'artiste, où elle canalise son esprit enfantin et ses influences lorsqu'il s'agit de l'étude de la couleur et du mouvement.

1) MELANCIA: Qui es-tu, Séverine? 

SÉVERINE: Je suis une illustratrice française, j’habite à Paris dans le vingtième arrondissement. J’adore cette ville, non seulement parce que j’y ai grandi, mais aussi parce qu’il y a plein de choses à faire et à voir. Mais j’adore aussi quitter Paris pour partir en vacances. J’ai la chance d’avoir une fille de sept ans et d’être “obligée” de m’arrêter de travailler pendant au moins une partie des vacances scolaires. Ce rythme me convient parfaitement! C’est quelque chose que j’ai retrouvé avec le travail en free-lance, de pouvoir disposer de mon temps comme j’en ai envie, il suffit juste que je prévienne mes clients et que je m’organise un peu.

2) M: Parle-nous un peu de tes études et de ton expérience professionnelle.
S: J’ai été encouragée très jeune à dessiner, par ma mère qui était professeur de dessin. Toute petite, elle m’entraînait dans les musées, me faisait découvrir les peintres qu’elle aimait et accrochait mes dessins aux murs à la maison.
Ensuite, j’ai toujours gardé le lien avec le dessin, même quand j’étais adolescente, je prenais des cours de dessin à droite à gauche. Puis je suis entrée à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à Paris, où j’ai passé mon diplôme en Gravure et en Illustration. Je pensais devenir graveur ou peintre, et faire de l’illustration à côté pour vivre. Mais je me suis vite aperçue que ce plan ne fonctionnait pas. C’est très difficile de vivre de l’illustration quand tu n’es pas connu et que tu n’as pas un portfolio professionnel. Grâce à l’enseignement “touche à tout” que j’ai reçu aux Arts Décoratifs, j’ai pu commencer à travailler en agence de publicité, où je suis peu à peu devenue directrice artistique. Parallèlement à cela, j’avais des commandes en illustrations que je faisais le soir et/ou le week-end. J’aimais bien travailler pour des univers très différents, et c’est d’ailleurs ce qui me plaît dans l’illustration : travailler un jour pour la pub l’autre pour l’édition, la jeunesse, une identité de marque, un article de presse, un dessin pour un tee-shirt ou un packaging de chocolat.

3) M: Tu as passé beaucoup d’années dans le monde de la publicité, à faire de la direction artistique. Qu’est-ce qui t’a fait continuer l’illustration ? Est-ce que c’était toujours ton rêve? 

S: Beaucoup de directeurs artistiques dans la pub ont besoin d’avoir une autre activité créative. Certains font de la photo, d’autres peignent, dessinent, etc. Ça ressource et ça aide à rester créatif, à ne pas être complètement vidé par la commande publicitaire. J’ai toujours aimé l’illustration, je trouve que c’est un domaine hyper vivant et vaste, et pour moi, moins austère et sérieux que le travail de peintre. J’arrivais beaucoup mieux à m’exprimer à travers l’illustration qu’à travers mon travail de DA (directrice artistique), de manière plus personnelle, je veux dire. C’est donc naturellement que j’ai introduit l’illustration dans mon métier de DA. J’ai commencé à gagner des budgets pour lesquels j’étais à la fois DA et illustratrice. Et puis parfois je trouvais aussi
un slogan. Je trouvais ça très grisant de mêler les disciplines. Petit à petit j’ai pu me mettre à mi-temps dans mon agence de publicité, j’avais suffisamment de commandes en illustration l’autre mi-temps. C’est à la naissance de ma fille que j’ai sauté le pas et décidé d’arrêter mon travail de DA pour me concentrer entièrement à mon travail d’illustratrice, qui m’intéressait beaucoup plus. Ça a été une très bonne décision ! C’est vraiment un bonheur de faire ce métier tout en étant son propre boss. Mais je suis infiniment reconnaissante pour tout ce que j’ai appris en agence de publicité, c’était très formateur. J’ai appris notamment à conceptualiser, ce qui m’aide beaucoup dans mon travail d’illustratrice.

4) M: Si tu devais choisir un seul de tes travaux, ce serait lequel? Pourquoi?

S: C’est l’image des musiciens (fig.9), elle est un peu comme un point de repère pour moi. Parce que je trouve qu’il en résulte un sentiment de gaieté, de mouvement et de naïveté, des valeurs qui me tiennent à cœur. Et c’est avec cette image que j’ai installé dans mon vocabulaire graphique, ce que j’appelle les personnages chewing-gum : des corps élastiques, extensibles ou ondulants, en apaisanteur, qui dansent ou se contorsionnent. L’économie des couleurs primaires me plaît bien aussi.

5) M: Quelles sont tes principales références et/ou sources d’inspiration? 

S: Je pense que les premiers chocs picturaux que j’ai eus, c’était avec la peinture d’Henri Matisse, aux couleurs et aux formes tellement fortes, ce sont des tableaux que j’aurais envie d’habiter. La couleur est hyper importante pour moi, j’ai un faible pour les couleurs vives et denses. C’est pourquoi la découverte de la sérigraphie quand j’étais étudiante aux Arts Decoratifs, a été une révélation. Après ça, j’ai toujours eu envie de travailler en aplats de couleurs, et non à partir de la ligne. J’aime représenter des personnages, et en particulier les corps, dans des positions un peu extrêmes. Quand je dessine les corps, je m’imagine moi-même dans leur position pour la ressentir, je me mets à la place de mes personnages, mais ils sont beaucoup plus souples que moi !

6) M: Nous avons connu ton travail par la Redoute, un gros client. Penses-tu que ton travail se répand de plus en plus après cela ? Quels sont les retours? 

S: C’est une chance incroyable qu’une marque te laisse carte blanche pour une création et se charge de la diffuser massivement. Du coup, plein de gens l’ont vu, dont beaucoup que je n’aurais jamais atteints sans cela, ce qui est assez génial. La Redoute souhaite collaborer avec un(e) artiste français(e) (La Redoute est une marque française) à chaque nouvelle campagne, je trouve que c’est une idée très cool. Ça montre bien l’importance de l’illustration en ce moment dans la communication et l’identité de marque. J’espère que cette collaboration m’ouvrira de nouveaux horizons car j’adore être surprise dans mon travail. Je travaille actuellement pour une marque de prêt-à-porter,

cela me plaît beaucoup, c’est la première fois que je travaille pour l’univers de la mode.

7) M: Vos images sont pleines de formes audacieuses, de couleurs vives et au style un peu seventies... Comment décririez- vous au mieux votre style? 

S: Vous l’avez déjà très bien décrit! J’essaie d’être aussi sincère et directe que possible dans mes images. Il y a aussi beaucoup de naïveté et j’espère, de simplicité. Je pense que mon âme d’enfant a beaucoup de choses à dire alors, je lui laisse la parole.

8) M: Si quelqu’un vous demandait d’être son mentor, que lui enseigneriez-vous?

S: Je lui dirais d’être le plus sincère possible. Facile à dire ! Quand
on est un jeune illustrateur qui a envie d’être remarqué, difficile de ne pas être influencé par les tonnes d’images que tu croises chaque jour sur les réseaux sociaux. Mais trouver la chose qui n’appartient qu’à toi, c’est ce qui fera que tes images sont uniques. Ça s’accompagne bien sûr de beaucoup d persévérance. Je dis ça, mais il m’arrive de copier les dessins de ma fille. J’adore comment elle dessine les chevaux assis, avec leurs pattes pliées en accordéon sous leur ventre!

9) M: Avez-vous des plans pour l’avenir ou des projets que vous aimeriez partager? 

S: J’attend fébrilement la sortie de mon prochain album jeunesse en avril 2020, édité par Albin Michel. J’avais commencé à écrire cette histoire il y a 6 ans ! Elle me tient à cœur, elle raconte l’histoire d’une petite fille qui voudrait avoir un chat, qui trouve un oiseau puis réalise que les animaux sont mieux en liberté. J’ai vraiment pris mon temps pour faire cet album, le temps c’est un vrai luxe, mais ça change tout.

10) M: Où es-tu quand tu n’es pas dans ton atelier? 

S: Je suis toujours dans mon atelier ! Mais avant de m’y enfermer le matin, je vais nager à la piscine ou me promener au parc des Buttes Chaumont, car pendant la journée, je sais que je ne vais plus bouger. Le soir j’aime bien fréquenter les petites salles de concert de rock, avec mon amoureux. Il y a plein de super salles à Paris, j’adore le Trabendo. Une des activités qui
me met en joie, c’est la danse, à pratiquer mais aussi à voir, à l’Opéra Garnier si j’ai la chance de trouver un billet.

11) M: Laisse un message à MELANCIA ainsi qu’à ses lecteurs.

S: Merci beaucoup pour cette interview, je suis très honorée d’apparaître dans un journal. Portuguais, c’est la première fois ! C’est toujours très intéressant de se poser et de réfléchir tout haut à ce qu’on fait et pourquoi. J’espère que cette lecture (même en diagonale) vous aura intéressé, autant que

ça m’a plu de vous parler de mon parcours et de mon travail.

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